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C'est pratiquement à l'entrée du village que depuis des lustres la Mairie avait élu domicile. Ce monument de la République trônait entre le croisement de la rue principale, celle qui traversait le village, et celle qui déviait sa route pour vous conduire en faux jeton, du côté de l'Hopiteau, ou de Hiersac les villes et villages voisins. L'école soudée à la Mairie par un mur citoyen avait, dans le centre de sa cour goudronnée, un marronnier solitaire, centenaire et dépressif, lassé, fatigué, épuisé d'entendre les cris insupportables des gamins pendant les récrés. Lorsque j'arrivais chez elle, je n'étais pas en très bonne santé, pas en très bon état comme l’aurait écrit l'autre, le médecin qui s'était penché sur mes neuf jours d'existence. C'était pourtant à Douzat dans cette ferme, que j'allais retrouver la forme. |
Mémé Claire,
si tu savais, Douzat n’a plus tout à fait le même visage depuis que ta
petite silhouette solitaire n’arpente plus ses rues étroites et
silencieuses. Depuis que tu es partie les rues ont fait leur référendum
pour réclamer un nom ! |
Douzat a
sa petite église aux pierres usées, fatiguée par des siècles de présence
et de fidèles infidèles. L'église,
ou plus exactement sa cloche, était un élément important de la vie du
village. Les deux postières, ces femmes de lettres, avaient une autre
mission, celle d'aller tirer les cloches tous les jours aux magiciens de
la terre, aux artistes de la culture, à ces travailleurs des champs,
pour leur annoncer qu'il était midi avec l'exacte précision de 15
minutes de retard. Je ne me souviens plus qui avait dit que :
-''
Côté instruction, avant j'étais cloche, maintenant je résonne ?'' La pompe en permanence désamorcée couinait de douleur dès que l’on essayait de lui actionner le bras, la rouille d’ingratitude et d’inaction l’avait envahie de toute part et elle était devenue tout d’un coup vieille et arthritique. |
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Je ne sais plus pourquoi mais un jour, alors que ma petite sœur et moi nous étions réfugiés sous l’unique marronnier de l’école, Martine va me dire : "Quand on sera grand si personne ne nous aime on se mariera ensemble !" |
Je retrouvais le vieux puits, et bien qu’il n’était plus sujet au coup de pompe plusieurs fois par jour, il vieillissait bien mal, vieillissait seul et abandonné, l’arrivée de l’eau courante l’avait définitivement mis à la retraite forcée et ça le rendait ronchon. |